13 novembre 2022 Le Mont Fort

Depuis quelques années, l’invention du vélo fainéanticulaire favorise et prolonge la saison d'hiver. Le changement climatique n’a qu’à bien se tenir, rien ne saurait monter plus haut et plus vite que le vélo avec un plein de watt.  (A part l’hélico mais ça c’est nul, ça fait un boucan d’enfer et ça chlingue)

 

Une belle soirée chargée avec Esprit-Liberté le jour d'avant ne m'empêchera pas d'enfourcher à 8h00 ma bécane avec mes 4 cannes sur le sac… (Bon comme t’es pas réveillé plus que moi, je cite : 2 bâtons et 2 skis font quatre, je le sais depuis mon école primaire)

Bref, après une petite heure de consommation solaire… (Parce que mon billou, il est chargé avec du silicium chinois) je chausse mes "Movement" de la boîte à semelle

J’me tape 400 m de déniv sur un chemin presque sans neige,  mais ça fait un rude bien de sentir sous les semelles le glissement sensuel d'une neige pourrie.  D'accord, mes skis seront hors d’usage vite fait en redescendant mais j’m’en fous complètement car c’est des vieux skis qui sentent le renfermé, le vieux fart, la vielle graisse de fixe et les restes de mon sandwich d’il y a une année…

Arrivé au col de Gentiane sous le gros cube de béton tout moche par lequel il sort des câbles pour remonter les touristes champions du monde de freeride, j’entame la descente sur le glacier du Mont Fort…  Le pauvre a bien perdu 3 à 4 mètres des ..      paisseurs.  

 

Je continue mon amical chemin sur cette neige presque fraîche en zieutant les crevasses à droite et les crevasses à gauche.

Au milieu, Télé Verbier m’a tracé une jolie ligne toute bucolique pour m’éviter une chute fatale dans le passé… composé… de glace... de l’époque où j’étais pas encore né !

 

Après quelques péripéties pour mettre mes couteaux (que j’ai retrouvé dans le sac de mon sandwich de l’année passée et qui sentent bon mes chaussettes après 1 semaine de cabanes) je me tape un long détour pour circonférencier (Larousse 2035) la longue rimaye en passe d’être bouchée par les pelles mécaniques si Rome antique dans cet agréable paysage si bucolique…. T’as rien compris ? bois un génépi !

Tu vas pas me croire mais curieux comme je suis, je n’ai pas "pute" m’empêcher de monter sur la nouvelle passerelle du sommet.  Et ça c’est du travail bien fait, tu devras absolument y monter pour voir cette œuvre d’art,  des cailles blotties en métal galvanisées qui défient les lois de la gravité. Einstein disait que la folie était de toujours faire la même chose et s’attendre à un résultat différent.  Ben il avait raison, l’humain fais toujours les mêmes conneries pour arriver à faire toujours du moche !

En haut c’est la tour Eiffel et les Champs Elysée réunis, s’il y avait eu un gendarme à un passage clouté, j’y aurais presque pute demander mon chemin tellement que ce fute grand !

C’est en foulant cette orgie de l’humain que le gypaète barbu du Val de Bagnes sort du ciel par surprise et s'approche de moi.

Habile et majestueux, il enroule le thermique sans prendre garde au tableau géant du monde qu’il survol.  Il m'effleure à moins de 10 mètres, qui… comme St-Pierre sur son nuage prend le temps de ne pas me regarder.

Mes sens s'atrophient et me laissent sans geste et presque sans voix, je reste immobile comme un tableau de Hodler dans le salon de Blocher.

Serait-ce un cygne ?  Non, juste un gypaète.  A ce moment précis, le ciel s’embrume dans mes lunettes de soleil, surpris, je regarde l’horizon, mais le ciel est d’un bleu pur, si pur haut oh ! oh!

Je sens des larmes couler le long de mes joues.

Les vraies larmes arrivent toujours sans prévenir. Comme un champ d’étoile qui tapisse l’horizon quand tu arrives au sommet de la montagne par la face Nord, juste avant le levé du jour.

Me voici le témoin privilégié de cet instant magique, j’en perds le fil de ma respiration haletante. Mes genoux flanchent des rotules. Mon cerveau se brouille comme un oeuf, ma gorge se noue comme un pendu et mon plexus perd la moitié de son volumus...

Et là… tu vas de nouveau pas me croire, mais le paysage me saute aux yeux comme un ballon de basket qui rebondi plus haut au deuxième soubresaut... enfin tu vois ce que je veux dire !

A chaque fois je me sens plus petit devant tant d’exclamation,  Je tends les bras timidement... et j'effleure doucement le ciel de mes doigts froids

Je le respire profondément et passionnément.

Mes yeux embués inondent mes sens et apaisent mon esprit.

Je reste un minuscule témoin solitaire de la beauté du monde. 

Un presque rien de l’univers qui ne peut s’empêcher de dire merci devant tant de grâce.

Chaque jour nous rapproche de la mort, mais les jours en montagne te renvoient avec bonheur sur l’étage supérieur de la vie. Ou ton esprit libre rejoint la poésie.

 

Vidéo:

https://www.youtube.com/watch?v=l1DyD-Ni16A&ab_channel=PassionMontagne