Léonard de Vinci (1452–1519) apparaît, dans l’historiographie, moins comme un « génie solitaire » que comme un acteur pleinement inscrit dans l’économie de cour, les réseaux d’ateliers et la circulation européenne des savoirs de la Renaissance : formation florentine (atelier d’Andrea del Verrocchio[1]), carrière longuement milanaise sous les Sforza[2], retours et déplacements au gré des crises politiques italiennes (1494–1515) et, enfin, installation en France auprès de François Ier[3]. [4]
Son œuvre peinte « autographe » certaine est peu nombreuse au regard de sa célébrité ; elle se caractérise par une expérimentation technique continue (peinture à l’huile poussée à un degré extrême dans La Joconde) et par une tension structurelle entre l’ambition conceptuelle et la tendance à l’inachèvement (cas emblématiques : Adoration des Mages, Saint Jérôme, Bataille d’Anghiari). [5]
Le cœur documentaire de Léonard est constitué par des milliers de pages de notes et de dessins (carnets et recueils posthumes) qui traversent l’anatomie, l’hydraulique, la mécanique, l’optique, la cartographie et l’architecture ; ces papiers ont été en partie disloqués et reclassés après sa mort, puis progressivement dispersés entre de grandes institutions (France, Royaume‑Uni, Italie, Espagne, Russie). Les projets contemporains de numérisation et d’édition critique (par exemple autour du Codex Atlanticus) renouvellent l’accès aux sources, mais ne suppriment pas les incertitudes d’attribution, de datation et de reconstitution des ensembles originels. [6]
Les controverses majeures portent sur (i) l’ampleur réelle de la main de Léonard dans certaines œuvres très médiatisées (notamment Salvator Mundi) et (ii) des attributions « spectaculaires » (par ex. La Bella Principessa), ainsi que sur (iii) des mythes biographiques (mort « dans les bras du roi »). Dans plusieurs cas, l’état matériel (restaurations lourdes, pertes) et l’absence de documentation contemporaine décisive imposent une prudence méthodologique. [7]
La biographie de Léonard repose sur un faisceau de documents (catasto, contrats, paiements, lettres, témoignages) et sur la lecture interne de ses carnets (datations, mentions de lieux, listes de travaux). Certaines pièces clés ont disparu (par ex. l’attestation baptismale citée anciennement), ce qui laisse subsister des zones d’ombre, notamment sur l’enfance et certains déplacements. [8]
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Décennie |
Lieux et déplacements (dominants) |
Statut, employeurs, contextes |
Œuvres / dossiers (jalons) |
Incertitudes structurantes |
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1450s |
Naissance illégitime (père : Ser Piero da Vinci[11] ; mère : Caterina (mère de Léonard)[12]). Cadre rural toscan, puis insertion dans la sphère florentine via la famille paternelle. [13] |
— |
Identité exacte de la mère discutée dans la littérature ; lacunes documentaires précoces. [8] |
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1460s |
Florence[14] |
Installation familiale à Florence ; apprentissage probable dans la bottega d’Andrea del Verrocchio. [15] |
Formation au dessin, à la peinture et à la culture technique d’atelier (métal, projets, scénographies). [13] |
Date exacte d’entrée en atelier discutée (fourchettes proposées). [15] |
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1470s |
Florence |
Inscription à la compagnie des peintres (1472). Épisode judiciaire : dénonciation anonyme pour sodomie (1476), sans condamnation. [15] |
1473 : premier dessin daté (paysage). Premières commandes religieuses et portraits émergents. [13] |
Corpus des collaborations avec Verrocchio partiellement conjectural (attributions « de main » vs « d’atelier »). [15] |
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1480s |
Florence → Milan[16] (1482) |
Quitte Florence pour Milan ; recherche d’opportunités à la cour sforzesque et dans le milieu confraternel milanais. [17] |
Grandes commandes et projets : Adoration des Mages (laissé inachevé au départ), contrat de 1483 pour une Vierge pour San Francesco Grande ; gestation du grand monument équestre Sforza. [17] |
Datations fines et part respective des assistants déjà en jeu (Vergine delle Rocce, etc.). [18] |
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1490s |
Milan |
Activité de cour : fêtes, ingénierie, peinture monumentale. Le Cénacle réalisé « a secco » (technique mixte) → fragilité rapide. Chute de Ludovico (1499) → départ. [19] |
L’Ultima Cena (1494–1498 env.) ; poursuite/abandon de projets sculptés (Sforza). [20] |
Causes exactes des échecs techniques et chaîne des restaurations : abondante littérature spécialisée, débats récurrents. [21] |
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1500s |
itinérance (Venise[22], retour Florence) ; missions Cesare Borgia[23] (1502) ; Florence |
Repositionnement comme ingénieur (fortifications, cartographie). Début/continuation de La Joconde ; commande murale de la République florentine (Anghiari), inachevée. [24] |
Cartons et madones (Sainte Anne), Bataille d’Anghiari (problème de technique et perte). [25] |
Chronologie de La Joconde (travail prolongé) et statut du projet Anghiari (ce qui a été peint / perdu) demeurent débattus. [26] |
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1510s |
Sous protection Giuliano de' Medici[29] à Rome ; puis installation en France (Cloux/Clos Lucé). Testament (23 avril 1519) : papiers et « livres » légués à Francesco Melzi[30]. Mort le 2 mai 1519. [31] |
Travaux tardifs : géométrie, hydraulique, projets pour Romorantin. Témoignage de visite (1517) signalant paralysie de la main droite et trois tableaux montrés. [32] |
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Lieu exact d’inhumation d’origine (St‑Florentin) et transfert des restes à la chapelle Saint‑Hubert : « restes présumés ». [33]
Biographie détaillée (séquence analytique)Léonard naît le 15 avril 1452 à Anchiano, près de Vinci, fils illégitime de Ser Piero da Vinci et de Caterina ; la documentation disponible insiste sur la mention familiale (grand‑père Antonio) et sur l’intégration progressive du jeune Léonard dans le foyer paternel lors du déplacement vers Florence. [15] La formation s’opère dans l’écosystème florentin : apprentissage probable chez Verrocchio (atelier polyvalent), inscription à la compagnie des peintres (1472) ; l’épisode de 1476 (dénonciation pour sodomie) illustre à la fois la fragilité des dossiers judiciaires et la persistance de Léonard dans l’orbite de l’atelier, même après un statut de peintre autonome. [15] Les années 1470–1481, avant le départ pour Milan, montrent une montée en puissance : premier dessin daté (paysage, 5 août 1473), commandes religieuses majeures reçues à Florence (dont l’Adoration des Mages), mais laissées inachevées—un motif qui deviendra, au-delà des cas singuliers, une caractéristique de sa pratique (projets révisés, reportés, remplacés). [34] Le transfert à Milan (1482) doit être lu dans un double registre : opportunités de cour (musique, ingénierie, architecture militaire) et concurrence entre centres italiens. Les lettres et notes associées à cette période montrent une stratégie de présentation de soi orientée vers les compétences techniques (fortifications, machines), tout en affichant l’ambition artistique du grand cheval de bronze destiné à la dynastie Sforza—projet emblématique de l’écart entre conception et réalisation matérielle. [17] Au Milan sforzesque, Léonard cumule peinture, scénographie et ingénierie. Le Cénacle (Santa Maria delle Grazie) est documenté comme une œuvre exécutée par un procédé non « buon fresco » mais à sec, favorisant une finition exigeante au prix d’une vulnérabilité structurelle, ce qui explique en partie la précocité des altérations et la longue histoire des interventions. [21] La crise de 1499 (guerres d’Italie, chute de Ludovico) entraîne une mobilité : passage vers Mantoue et Venise, puis retour à Florence. Les années 1500–1504 concentrent un basculement vers l’ingénierie territoriale : mission auprès de Cesare Borgia comme « architecte et ingénieur général », attestée à la fois par la tradition documentaire et par une lettre‑patente (18 août 1502) permettant l’inspection des forteresses. [35] À Florence, les grands projets civiques (notamment la Bataille d’Anghiari, 1503) témoignent de l’ambition politique de l’image et de la concurrence artistique, mais aussi des limites techniques : l’œuvre est fameuse précisément parce qu’elle fut louée, copiée et discutée alors même qu’elle n’a pas survécu sous une forme stable. [36] Le second séjour milanais (à partir de 1506/1508) s’accompagne d’un approfondissement des recherches hydrauliques, anatomiques et mécaniques, et d’une réorganisation de ses papiers (« mettre par ordre »). Cette période est décisive pour comprendre Léonard comme producteur de textes graphiques de travail (carnets), plus que comme auteur de traités achevés. [37] Le dernier cycle (Rome puis France) s’inscrit dans des patronages princiers et pontificaux (protection médicéenne), puis dans l’accueil français à Amboise. En 1517, une visite (cardinal Luigi d’Aragona et Antonio de Beatis) décrit trois tableaux montrés et mentionne l’atteinte de sa main droite. Le testament (23 avril 1519) lègue ses livres et papiers à Francesco Melzi ; il meurt le 2 mai 1519. [38] Catalogue des œuvres majeuresCadre généralLa documentation muséale et scientifique insiste sur un paradoxe : Léonard est un innovateur central de la peinture de la Renaissance, mais le nombre d’œuvres peintes conservées et attribuées avec certitude demeure limité, tandis que la masse graphique (dessins, carnets) est immense. Les institutions soulignent aussi que la liberté expérimentale (pentimenti, reprises) nourrit une esthétique de l’inachèvement. [39] Tableau comparatif des œuvres majeures (peinture, dessin, projets inachevés)
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Pour La Joconde, la visionneuse très haute définition du C2RMF[77] permet un zoom scientifique
dans la matière picturale. [78]
Pour les peintures du Louvre (Joconde, Sainte Anne, Saint Jean‑Baptiste, Belle Ferronnière, Virgin of the Rocks), les notices de collection servent de porte d’entrée vers l’historique, la
technique et la bibliographie. [79]
Pour les carnets, la Bibliothèque de l’Institut de France[80] propose un feuilletage en ligne des manuscrits conservés à Paris (numérisation). [81]
Le corpus léonardien ne correspond pas à un « système de traités » finalisés : ce sont d’abord des outils de travail (notes brèves, listes, schémas, dessins) que Léonard envisage parfois de « mettre en ordre ». Après sa mort, une partie est léguée à Francesco Melzi, puis l’histoire matérielle (collectes, démontages, reliures, dispersions) recompose artificiellement des ensembles. [82]
Parmi les ensembles structurants (avec conservation actuelle et axes dominants) : - Les manuscrits de l’Institut de France (douze carnets, env. 1487–1508), plutôt
scientifiques et techniques, de formats variés (certains de poche). [83]
- Le Codex Arundel (British Library) : carnet composite, couvrant une large partie de la vie de travail, offrant un aperçu de préoccupations diverses. [84]
- Les Codex Forster (V&A) : cinq carnets reliés en trois volumes, datés env. 1487–1505, riches en mécanique, géométrie, hydraulique, théorie des poids. [85]
- Les Códices Madrid (Biblioteca Nacional de España) : accès numérique « Leonardo interactivo », avec focus sur mécanique, fortification, géométrie. [86]
- Le Codex Leicester (fondé sur des bifolia), centré sur des questions de sciences naturelles et d’eau ; sa description structurelle est présentée par le Museo Galileo. [87]
- Le Codice sul volo degli uccelli (Biblioteca Reale di Torino) : petit carnet thématique sur le vol, l’air, l’observation des oiseaux et des machines volantes. [88]
La cartographie de Léonard est particulièrement concentrée (1502–1504) dans le cadre de commandes militaires et hydrographiques : service de Cesare Borgia, puis projets liés au territoire (et à la navigation de l’Arno). [89]
Une pièce phare est la carte d’Imola[90] (1502, Royal Collection), accompagnée d’explications méthodologiques : prises de mesures à partir du Palazzo Comunale, distances parcourues et relevés d’axes/azimuts. Elle illustre une cartographie « utilitaire » et métrique, étroitement liée à l’ingénierie militaire. [91]
Les carnets du second séjour milanais, ainsi que le Codex Leicester, montrent une continuité d’enquête sur l’eau (écoulement, érosion, canaux) et, plus largement, sur la cosmologie et l’astronomie : Léonard propose notamment une explication du « clair de Terre » visible sur la partie sombre de la Lune. [92]
Cette ligne se prolonge jusque dans les années françaises, où il esquisse des projets hydrauliques associés à un programme pour Romorantin et des voies d’eau. [93]
Les dessins anatomiques sont inséparables de la méthode « voir‑dessiner‑comparer ». La Royal Collection conserve environ 550 dessins de Léonard, dont une part anatomique majeure, ce qui en fait un centre documentaire crucial pour son regard sur le corps, la mécanique organique et la représentation. [94]
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Projet / invention (description) |
Période (repère) |
Statut |
Source(s) primaire(s) / institution |
Commentaire analytique |
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Monument équestre pour Francesco Sforza (grand cheval de bronze) |
1480s–1490s |
Modèles et études, non fondu |
Projets et correspondance de cour (milieu sforzesque) |
Cas paradigmatique : ambition technique et politique élevée, mais contraintes matérielles et conjoncture (guerres) empêchent l’achèvement. [95] |
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Le Cénacle : solution picturale « à sec » (innovation technique) |
1490s |
Achevé, mais fragile |
Santa Maria delle Grazie + analyses techniques |
L’innovation n’est pas seulement iconographique : le procédé de peinture conditionne la réception matérielle (altération rapide). [21] |
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Mission d’ingénieur général de Cesare Borgia |
1502 |
Mission documentée |
Lettre‑patente (Vaprio d’Adda) + mentions biographiques |
L’ingénierie est institutionnalisée par une lettre‑patente de circulation et d’inspection (forteresses, sites). [96] |
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Carte métrique d’Imola |
1502 |
Réalisée |
Royal Collection (Windsor) |
Exemple de cartographie opérationnelle : mesure, orientation, synthèse graphique au service du pouvoir. [97] |
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Défense du Frioul / études militaires sur l’Isonzo |
1500 |
Projet (notes) |
Notes dans les carnets (références biographiques) |
Indice d’un Léonard « consultant » militaire, mobilisant observation et planification plus que production d’objets finis. [98] |
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Projet mural de la Bataille d’Anghiari |
1503–1506 |
Inachevé / perdu |
Commande de la Signoria de Florence |
Projet‑monument de propagande civique ; la mémoire critique (copies) pallie la perte de l’original. [65] |
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Re‑classement de ses papiers (« mettre par ordre ») |
1508 |
Projet intellectuel |
Codex Arundel (organisation de notes) |
Montre une conscience de l’archive de travail et un désir de systématisation, rarement abouti. [99] |
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Carnets Forster : hydraulique, géométrie, théorie des poids |
1487–1505 |
Notes de travail |
V&A (Codex Forster) |
Ingénierie « de terrain » (canaux, levage d’eau) et théorie (proportions, forces) coexistent dans des formats portatifs. [85] |
|
Codice sul volo degli uccelli : air, courants, machines volantes |
1503–1506 (souvent) |
Carnet thématique |
Biblioteca Reale di Torino (présentation patrimoniale) |
Plutôt qu’un « projet d’avion », un laboratoire graphique : concepts d’aérodynamique, morphologie, essais de dispositifs. [88] |
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Projet hydraulique pour Romorantin / voies d’eau françaises |
1518 (repère) |
Esquisses |
Museo Nazionale Scienza e Tecnologia (ressource) |
Indice d’une expertise exportée en France : aménagement du territoire, canaux, irrigation. [93] |
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Codex Leicester : eau, roches, « clair de Terre » |
1500s–1510 |
Carnet scientifique |
Museo Galileo (structure) + repères biographiques |
Exemple d’articulation observation‑théorie‑schéma. La question lunaire illustre l’ambition explicative. [87] |
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Manuscrits de l’Institut (format et usage) |
1487–1508 env. |
Carnets de travail |
Bibliothèque de l’Institut de France (numérisation) |
Le format « de poche » et la variété thématique confirment une méthode d’accumulation et de recomposition. [83] |
Les dossiers muséaux récents insistent sur une idée directrice : chez Léonard, le dessin et la note sont moins des « préparations » que des instruments de pensée. La notion de componimento inculto (composition « libre », en travail) et l’abondance de repentirs rendent visible un processus itératif ; cette liberté s’adosse à une tendance à l’inachèvement, non comme simple défaut, mais comme effet d’une recherche perpétuelle et d’une expérimentation matérielle. [100]
Dans les œuvres peintes, cette méthode se traduit par (i) la multiplication d’états et de versions (cas de la Vierge aux rochers), (ii) le prolongement exceptionnel de la mise au point (cas de La Joconde, poursuivie au‑delà du moment de commande), (iii) des procédés techniques risqués au service d’effets de présence (cas du Cénacle). [101]
Les sources biographiques signalent explicitement la présence d’assistants et d’élèves, notamment au Milan des années 1490 : Salaì[102], ainsi que des figures de l’entourage léonardesque (Boltraffio, Marco d’Oggiono) sont mentionnées dans les carnets. Le témoignage de 1501 décrit aussi deux « garzoni » réalisant des portraits pendant que Léonard se consacre à la géométrie. [103]
Au plan institutionnel, l’exemple de la Vierge aux rochers est central : les litiges, contrats et exécutions différées montrent comment le « nom » de Léonard se combine à une économie d’atelier (copies, reprises, mains multiples), rendant certaines attributions intrinsèquement graduelles plutôt que binaires. [104]
Les réseaux de Léonard se structurent autour de patrons et de conjonctures : contacts avec la sphère médicienne à Florence, ambition de cour à Milan (Ludovico), puis missions d’ingénierie sous Cesare Borgia, enfin protection médicéenne à Rome et pension royale en France. Les documents évoquent des pensions et des statuts (« peintre et ingénieur ») qui renforcent un profil de « serviteur savant » plutôt que d’artiste spécialisé. [105]
Les correspondances rapportées (ambassadeurs, lettres de commande) suggèrent une concurrence pour obtenir des œuvres « de sa main » et, symétriquement, une difficulté chronique à livrer rapidement des peintures achevées. C’est un point clé pour comprendre la tension entre demande (marché de cour) et méthode (recherche). [106]
L’histoire de l’art léonardienne est structurée par des débats d’attribution, souvent polarisés par la médiatisation. Le cas le plus connu est Salvator Mundi : vendu à un prix record en 2017, il demeure disputé (Léonard seul, Léonard + atelier, ou atelier). Sa localisation publique est longtemps restée incertaine ; des enquêtes récentes de presse indiquent un stockage à Genève en attente d’un projet muséal saoudien. [107]
À un autre niveau, Madonna Litta (Musée de l’Ermitage[108]) illustre un type de controverse plus « académique » : l’institution la présente comme œuvre de Léonard, tandis qu’une partie de la recherche plaide pour une exécution majoritairement d’atelier (Boltraffio, etc.), ce qui renvoie à la réalité collaborative des botteghe. [109]
Le dossier La Bella Principessa est exemplaire de la fragilité des attributions spectaculaires : débats techniques (support), absence de mention ancienne univoque, hypothèses d’identification, productions d’arguments « pour » et « contre »—sans qu’un consensus stable se forme. [110]
Même lorsque l’attribution est ferme (La Joconde), les débats portent sur la chronologie et le degré d’achèvement. Une ligne historiographique soutient une élaboration longue, poursuivie au‑delà de 1505 et reprise jusqu’aux années 1510, ce que certains arguments stylistiques et contextuels étayent (paysage, velatures). [111]
Le motif iconographique (popularisé notamment par l’image d’Ingres) de Léonard expirant dans les bras de François Ier est aujourd’hui traité comme une construction narrative : des ressources patrimoniales françaises rappellent qu’il meurt à Amboise (Clos Lucé) et que le roi n’était pas nécessairement présent (la cour étant ailleurs). [112]
Les sources touristiques et patrimoniales convergent sur une séquence : inhumation d’abord à l’église Saint‑Florentin (au château), puis déplacement des restes au XIXe siècle dans la chapelle Saint‑Hubert ; plusieurs documents parlent explicitement de « restes présumés », ce qui impose de distinguer mémoire, archéologie et certitude d’identification. [33]
Le testament léonardien (23 avril 1519) lègue ses livres, instruments et papiers à Francesco Melzi ; la suite (héritiers, collecteurs, interventions de classement) contribue à la fragmentation. Les projets numériques contemporains cherchent précisément à reconstruire, autant que possible, l’état antérieur aux démontages et redistributions (intervention de Pompeo Leoni, puis dispersion entre Milan et Windsor). [82]
Les institutions de conservation jouent désormais un rôle structurant dans la réception : numérisation des carnets de l’Institut de France, accès interactif aux Codices Madrid à la Biblioteca Nacional de España, valorisation des notebooks Forster au V&A, etc. Ces dispositifs reconfigurent la recherche (transcriptions, comparaisons, re‑datations), mais créent aussi une « nouvelle visibilité » du Léonard ingénieur auprès du grand public. [113]
Le Léonard « canonique » est largement structuré par la distribution muséale : concentration exceptionnelle au Louvre de tableaux majeurs (Joconde, Sainte Anne, Saint Jean‑Baptiste), poids documentaire des dessins (Royal Collection), et circulation des œuvres par prêts et expositions. [114]
Le marché amplifie certains débats : l’affaire Salvator Mundi combine prix record, doutes d’attribution, opacité de localisation et instrumentalisation géopolitique (projets muséaux annoncés). Les informations récentes de presse situent l’œuvre en stockage à Genève en attendant un futur musée en Arabie saoudite. [107]
Cette dynamique a un effet de halo : elle ravive l’attention sur les versions d’atelier et les répliques (par exemple, une version dite « de Ganay » présentée comme issue de l’atelier au printemps 2026 à Maastricht), ce qui déplace le regard du « chef‑d’œuvre unique » vers une histoire sérielle des images. [115]
Les références suivantes sont centrales car elles donnent accès soit aux textes léonardiens (compilations, fac‑similés, transcriptions), soit aux témoignages anciens qui ont façonné la réception.
Écrits sur la peinture (compilation posthume) - Trattato della pittura[116] : première édition imprimée (Paris, 1651), compilation posthume à partir des papiers transmis par Melzi, diffusant Léonard « théoricien » dans l’Europe savante. [117]
Carnets / manuscrits conservés et édités - Manuscrits de l’Institut de France (fac‑similés et éditions) ; accès numérique
et inventaires institutionnels. [118]
- Éditions et transcriptions critiques (sélection d’exemples) : Codex Atlanticus (transcriptions), Codices Madrid, Codex Arundel, Libro di pittura (Codex Urbinate), corpus anatomique de Windsor.
La liste de référence bibliographique (éditeurs, dates) figure dans la synthèse biographique et bibliographique de Treccani. [119]
Sources narratives anciennes (à utiliser avec critique) - Le Vite de' più eccellenti pittori, scultori e architettori[120] : utile mais parfois légendaire (notamment sur la mort « dans les bras du roi »). [121]
Les ouvrages suivants sont utiles parce qu’ils combinent examen matériel (technique), histoire des collections et état des débats.
· Dossiers et journées d’étude autour de Léonard au Louvre et au C2RMF (approches technologiques et historiographiques). [122]
· Monographies françaises de référence autour de La Joconde et de son imagerie/état matériel (indications bibliographiques rassemblées dans des dossiers documentaires). [123]
· Biographie savante italienne (entrée Treccani, Pietro C. Marani[124]) : intérêt pour la chronologie documentée, les commanditaires, et les dossiers d’atelier. [8]
· Sur les carnets : ressources institutionnelles (Institut de France, V&A, Museo Galileo, BNE) permettant d’articuler histoire matérielle et accès aux images. [125]
· Carnets de l’Institut de France (feuilletage/numérisations). [126]
· Codices Madrid en version interactive (Biblioteca Nacional de España). [127]
· Plateforme Leonardo//thek@ – Codex Atlanticus (Museo Galileo) : reconstruction et outillage de recherche sur le Codex Atlanticus / Windsor. [128]
· Notices de collections (Louvre, Uffizi, V&A, Hermitage, Royal Collection) comme socles de données (matière, dimensions, provenance, bibliographie). [129]
[1] [60] [61] https://artsandculture.google.com/story/portrait-of-a-musician-biblioteca-ambrosiana/XAVRF82Yt3_UIw?hl=en
[2] [4] [8] [11] [13] [14] [15] [16] [17] [18] [19] [20] [21] [22] [24] [25] [26] [27] [30] [31] [32] [34] [35] [37] [38] [40] [43] [44] [49] [57] [71] [80] [82] [92] [95] [98] [99] [101] [102] [103] [104] [105] [106] [108] [111] [116] [119] https://www.treccani.it/enciclopedia/leonardo-da-vinci_%28Dizionario-Biografico%29/
https://www.treccani.it/enciclopedia/leonardo-da-vinci_%28Dizionario-Biografico%29/
[3] [5] [67] [79] [114] [120] [129] https://collections.louvre.fr/en/ark%3A/53355/cl010062370
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[6] [28] [128] https://teche.museogalileo.it/leonardo/intro/index_en.html?lang=en
https://teche.museogalileo.it/leonardo/intro/index_en.html?lang=en
[7] [107] https://www.lejournaldesarts.fr/actualites/ou-se-trouve-le-salvator-mundi-173352
https://www.lejournaldesarts.fr/actualites/ou-se-trouve-le-salvator-mundi-173352
[9] [68] [78] https://merovingio.c2rmf.cnrs.fr/iipimage/showcase/zoom/cop29
https://merovingio.c2rmf.cnrs.fr/iipimage/showcase/zoom/cop29
[10] [121] https://histoire-image.org/etudes/mort-leonard-vinci
https://histoire-image.org/etudes/mort-leonard-vinci
[12] [88] https://icpal.cultura.gov.it/codice-sul-volo-di-leonardo/
https://icpal.cultura.gov.it/codice-sul-volo-di-leonardo/
[23] [55] [56] Leonardo da Vinci | The Virgin of the Rocks | NG1093
[29] [87] https://mostre.museogalileo.it/codiceleicester/en/codex
https://mostre.museogalileo.it/codiceleicester/en/codex
[33] https://www.chateau-amboise.com/ce-quil-faut-savoir-sur-leonard-de-vinci/
https://www.chateau-amboise.com/ce-quil-faut-savoir-sur-leonard-de-vinci/
[36] [65] [66] https://cultura.comune.fi.it/dalle-redazioni/leonardo-da-vinci-sulle-tracce-della-battaglia-di-anghiari
[39] [73] [100] https://presse.louvre.fr/leonardo-da-vinci/
https://presse.louvre.fr/leonardo-da-vinci/
[41] [42] Annunciazione (Leonardo)
https://it.wikipedia.org/wiki/Annunciazione_%28Leonardo%29?utm_source=chatgpt.com
[45] [51] https://collections.louvre.fr/en/ark%3A/53355/cl010062373
https://collections.louvre.fr/en/ark%3A/53355/cl010062373
[46] [47] [77] Adorazione dei Magi (Leonardo)
https://it.wikipedia.org/wiki/Adorazione_dei_Magi_%28Leonardo%29?utm_source=chatgpt.com
[48] [72] [90] https://collections.louvre.fr/en/ark%3A/53355/cl010062371
https://collections.louvre.fr/en/ark%3A/53355/cl010062371
[50] Léonard de Vinci
https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9onard_de_Vinci?utm_source=chatgpt.com
[52] [53] La Vierge, l'Enfant Jésus, saint Jean Baptiste et un ange ...
https://collections.louvre.fr/en/ark%3A/53355/cl010062373?utm_source=chatgpt.com
[54] [110] https://www.academia.edu/25513966/LA_BELLA_PRINCIPESSA_ARGUMENTS_AGAINST_THE_ATTRIBUTION_TO_LEONARDO
https://www.academia.edu/25513966/LA_BELLA_PRINCIPESSA_ARGUMENTS_AGAINST_THE_ATTRIBUTION_TO_LEONARDO
[58] https://mnk.pl/artykul/leonardo-da-vinci-dama-z-gronostajem-mediolan-ok-1490
https://mnk.pl/artykul/leonardo-da-vinci-dama-z-gronostajem-mediolan-ok-1490
[59] [93] https://artsandculture.google.com/story/leonardo-la-navigazione-e-l-ingegneria-idraulica-museo-nazionale-della-scienza-e-della-tecnologia-leonardo-da-vinci/4AVBRMG1X5GLLQ?hl=it
[62] https://collections.louvre.fr/ark%3A/53355/cl010062369
https://collections.louvre.fr/ark%3A/53355/cl010062369
[63] [112] https://essentiels.bnf.fr/fr/image/d5784785-f91b-494c-81ac-a7a9f0e4e63a-francois-ier-recoit-derniers-soupirs-leonard-vinci
[64] Info utili - Museo del Cenacolo Vinciano | Sito Web Ufficiale
https://cenacolovinciano.org/info/?utm_source=chatgpt.com
[69] [70] https://collections.louvre.fr/en/ark%3A/53355/cl010062372
https://collections.louvre.fr/en/ark%3A/53355/cl010062372
[74] https://museiveneto.cultura.gov.it/eventi-e-mostre/leonardo-luomo-vitruviano-fra-arte-e-scienza
https://museiveneto.cultura.gov.it/eventi-e-mostre/leonardo-luomo-vitruviano-fra-arte-e-scienza
[75] https://collections.louvre.fr/en/ark%3A/53355/cl020003383
https://collections.louvre.fr/en/ark%3A/53355/cl020003383
[76] https://www.collezionegalleriaborghese.it/en/opere/leda-3
https://www.collezionegalleriaborghese.it/en/opere/leda-3
[81] [113] [125] [126] https://www.institutdefrance.fr/lesdossiers/leonard-de-vinci-carnets/
https://www.institutdefrance.fr/lesdossiers/leonard-de-vinci-carnets/
[83] [118] https://www.bibliotheque-institutdefrance.fr/content/les-carnets-de-leonard-de-vinci
https://www.bibliotheque-institutdefrance.fr/content/les-carnets-de-leonard-de-vinci
[84] https://artsandculture.google.com/story/the-codex-arundel-mapping-leonardo-s-working-life-the-british-library/5AUBtgGQK_TgJQ?hl=en
[85] https://www.vam.ac.uk/articles/explore-leonardo-da-vinci-codex-forster-i?srsltid=AfmBOopbmzitIBhBc9iWJ1Q6UTVelA0pzLyEKDtMhD91_jMBnOF4pvgV
[86] [127] https://www.bne.es/es/publicaciones/leonardo-interactivo
https://www.bne.es/es/publicaciones/leonardo-interactivo
[89] https://artsandculture.google.com/story/leonardo-da-vinci-cartographer-museo-galileo/xAXRtWKVrHUmJg?hl=en
[91] [97] https://www.rct.uk/collection/912284/a-map-of-imola
https://www.rct.uk/collection/912284/a-map-of-imola
[94] https://www.rct.uk/collection/stories/leonardo-in-the-royal-collection
https://www.rct.uk/collection/stories/leonardo-in-the-royal-collection
[96] https://www.lombardiabeniculturali.it/fotografie/schede/IMM-3a010-0000157/
https://www.lombardiabeniculturali.it/fotografie/schede/IMM-3a010-0000157/
[109] [124] https://en.wikipedia.org/wiki/Madonna_Litta
https://en.wikipedia.org/wiki/Madonna_Litta
[115] https://news.artnet.com/market/salvator-mundi-tefaf-2753839
https://news.artnet.com/market/salvator-mundi-tefaf-2753839
[117] https://architectura.univ-tours.fr/livres-notice/chambray_vinci_1651/
https://architectura.univ-tours.fr/livres-notice/chambray_vinci_1651/
[122] https://journals.openedition.org/techne/21132
